Faire participer les retraités pour diminuer le déficit public : bonne ou mauvaise idée ?

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par Ingrid Bernard

Des économistes font la proposition d’imposer davantage les retraités qui bénéficient de l’indexation des pensions jusqu’à maintenant.

Ces derniers mois, l’Etat est à la recherche d’un moyen pour diminuer le déficit public. Cependant, il refuse catégoriquement d’augmenter les impôts. Mais quelles sont les poches à vider de manière indirecte ? Celles des retraités sont suffisamment garnies.

Dans une tribune du Monde, cinq experts en économie viennent de proposer de « mettre davantage à contribution les retraités en recourant à une désindexation (provisoire) des retraites par rapport à l’inflation ».

L’idée n’est pas récente : elle a été déjà pratiquée dans le passé et elle est de nouveau remise sur le tapis par le ministre des Comptes publics Thomas Cazenave, fin février.

Une indexation à 14 milliards d’euros

Pour économiser de l’argent, Bercy n’a pas fait mieux. En effet, il y a eu la réévaluation des retraites de base par rapport à l’inflation (+ 5,3 %). Les retraites complémentaires ont connu aussi une augmentation (+ 4,9 %). Cela a eu un coût de « plus de 14 milliards d’euros » à l’Etat selon Thomas Cazenave.

C’est une somme trop élevée selon les opposants à l’indexation des pensions. Et pour cause, elle façonne des inégalités en comparaison aux actifs qui touchent des salaires qui n’ont pas connu de revalorisation. A l’exception du SMIC.

François Geerolf, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) indique que « Les salariés ont fait beaucoup d’efforts pendant la période inflationniste ». Il demande ainsi une sous-indexation temporaire des pensions pour restituer la balance intergénérationnelle.

Faire contribuer les retraités n’est pas une bonne idée

Mais Henri Sterdyniak, co-fondateur du groupe des Economistes atterrés, n’est pas de cet avis : « Elle détruirait le contrat social ! ».

Même si ce dispositif est d’une courte durée, il faut toujours la réactiver à chaque crise économique. Cela peut ainsi causer les pertes de pouvoir d’achat des retraités.

Il précise que « Cela a déjà commencé, puisque les retraites déjà liquidées ont perdu 8,4 % de pouvoir d’achat entre 2015 et 2022 ». En effet, il y avait déjà la sous-indexation des retraites de base en 2019 et 2020. Puis, le gel des pensions de base entre 2014 et 2016 sauf pour les plus petites retraites moins de 1 200 euros par mois.

Entre 2014 et 2017, on a fait face à une absence de revalorisation des pensions complémentaires. Elles étaient entre les mains des partenaires sociaux et non le gouvernement.

Henri Sterdyniak ajoute que : « Notre système repose sur l’assurance pour les actifs que leur niveau de vie à la retraite sera satisfaisant, sinon on incite à la capitalisation. Les plus hauts salaires préféreront ce modèle pour éviter que leur retraite ne soit utilisée comme variable d’ajustement du déficit public. »

À propos de l’auteur,
Ingrid Bernard

Ancienne parisienne exilée à Marseille, je suis fascinée par l'univers des séries TV, surtout celle de Netflix. Rédactrices pour plusieurs magazines francophones, je suis de nature curieuse et adore partager mon point de vue sur tous les sujets médiatiques.